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Les phases de la Lune : entre astronomie et mythes

  • Photo du rédacteur: Stephanie Martin
    Stephanie Martin
  • 1 oct. 2025
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : 7 août


Succession des différentes phases de la Lune, montrant l'évolution de son éclairage au cours d'une lunaison.
Photo : Alex Andrews de Pexels



Depuis toujours, la Lune accompagne les nuits de l'humanité.

Visible sous toutes les latitudes ou presque, elle est l'un des premiers repères célestes que les hommes ont appris à reconnaître. Son retour régulier, ses apparitions changeantes et la lumière qu'elle répand certaines nuits ont suscité autant l'observation que l'émerveillement.

Bien avant que l'astronomie n'en explique les mécanismes, elle offrait déjà un rythme auquel il était possible de mesurer le temps et d'ordonner la vie quotidienne.


Peu d'astres ont occupé une place aussi importante dans l'histoire des civilisations. Les Grecs, comme les Romains, lui ont donné un visage à travers leurs récits. D'autres peuples s'en sont servis pour établir leurs calendriers, fixer leurs fêtes ou guider leurs déplacements. Partout, la même réalité céleste a donné naissance à des interprétations différentes.


Aujourd'hui, nous savons que les phases de la Lune résultent de sa position par rapport à la Terre et au Soleil. Pourtant, comprendre ce phénomène n'enlève rien à la fascination qu'il exerce. Les connaissances scientifiques répondent au comment ; les mythes racontent ce que les hommes ont perçu en levant les yeux vers le ciel.

Avant d'être interprétée, la Lune fut regardée.


Cet article propose de revenir à cette première observation, puis d'explorer la manière dont les Grecs et les Romains ont peuplé cet astre de récits, avant d'évoquer la place essentielle qu'il occupa dans la mesure du temps.




Comprendre les phases de la Lune

À première vue, la Lune semble changer de forme au fil des nuits. Tantôt invisible, tantôt réduite à un fin croissant, parfois parfaitement ronde, elle paraît se transformer au cours du mois.

En réalité, la Lune ne change jamais de forme. C'est toujours le même globe qui accompagne la Terre dans sa révolution autour de notre planète. Ce qui varie, c'est la portion de sa surface éclairée par le Soleil que nous pouvons observer depuis la Terre.

La Lune ne produit pas sa propre lumière : elle réfléchit celle du Soleil. En parcourant son orbite, elle présente progressivement des portions différentes de sa face illuminée. Un cycle complet dure environ 29 jours et demi ; on l'appelle une lunaison.

Ainsi, lorsque la Lune devient invisible lors de la Nouvelle Lune, elle n'a pas disparu. Sa partie éclairée est simplement tournée vers le Soleil, tandis que la face orientée vers la Terre demeure dans l'ombre. Quelques jours plus tard, un mince croissant apparaît à l'horizon après le coucher du Soleil. Nuit après nuit, la surface éclairée visible augmente jusqu'à la Pleine Lune, avant de décroître progressivement et de revenir à son point de départ.

Au cours d'une lunaison, quatre grandes étapes servent traditionnellement de repères.


La Nouvelle Lune

La Lune se situe entre la Terre et le Soleil. Sa face éclairée n'est pas visible depuis notre planète et l'astre semble momentanément absent du ciel nocturne.


Le Premier quartier

Une semaine environ après la Nouvelle Lune, la moitié du disque lunaire apparaît éclairée. Chaque soir, la lumière gagne ensuite du terrain jusqu'à la Pleine Lune.


La Pleine Lune

La Terre se trouve alors entre le Soleil et la Lune. La totalité de la face tournée vers nous est éclairée, offrant l'image la plus familière de l'astre.


Le Dernier quartier

Après la Pleine Lune, la surface visible éclairée diminue progressivement. Une nouvelle moitié de disque apparaît, avant que la lumière ne continue de décroître jusqu'à la prochaine Nouvelle Lune.


Les phases lunaires révèlent la manière dont la lumière du Soleil éclaire la Lune au cours de son déplacement autour de la Terre.

Comprendre ce phénomène permet aussi de mieux saisir pourquoi la Lune a si tôt retenu l'attention des hommes. Son cycle, d'une remarquable régularité, offrait un rythme visible que chacun pouvait observer à l'œil nu.



Les phases de la Lune dans les mythes grecs et romains

Une fois les phases de la Lune comprises comme un phénomène astronomique, une autre question apparaît : pourquoi ont-elles suscité autant de récits ?

Les Grecs et les Romains n'observaient pas seulement le ciel pour comprendre le monde qui les entourait. Comme beaucoup de peuples anciens, ils cherchaient également à donner un visage aux grandes forces de la nature. Le Soleil, les vents, les saisons ou les astres devenaient ainsi des divinités ou des personnages dont les histoires permettaient d'exprimer ce que l'observation seule ne pouvait raconter.

La Lune n'échappe pas à cette logique. Pourtant, contrairement à une idée largement répandue aujourd'hui, les sources antiques n'associent pas systématiquement chacune de ses phases à une divinité particulière. Les correspondances que l'on rencontre fréquemment dans les ouvrages contemporains relèvent souvent d'interprétations plus récentes.

Les récits grecs et romains invitent plutôt à regarder la Lune comme un astre vivant, dont les apparitions successives rythment le ciel sans que chaque étape possède nécessairement une signification propre.


La Nouvelle Lune

Lorsque la Lune disparaît momentanément du ciel, un nouveau cycle commence.

Cette période d'obscurité revêtait une importance pratique dans les sociétés fondées sur l'observation des lunaisons. Ce n'était pourtant pas tant cette disparition que l'apparition du premier croissant qui retenait l'attention. Son retour marquait, dans plusieurs calendriers antiques, le commencement d'un nouveau mois.

L'absence de la Lune n'était donc pas perçue comme une rupture, mais comme une étape transitoire du cycle. Ce qui échappait un temps au regard était appelé à réapparaître quelques jours plus tard.

La figure d'Hécate est aujourd'hui fréquemment associée à cette phase. Pourtant, les textes antiques la présentent avant tout comme une déesse des carrefours, des passages, des frontières, de la magie et de la nuit. Son lien avec la Lune existe dans certaines traditions tardives, mais les auteurs grecs ne la désignent pas comme la « déesse de la Nouvelle Lune ».

Les interprétations contemporaines ne correspondent pas toujours aux représentations des Anciens, dont les récits étaient souvent plus nuancés que les classifications modernes.


Le Premier quartier

Après quelques nuits d'absence, un fin croissant apparaît à l'horizon occidental peu après le coucher du Soleil. Chaque soir, il gagne en éclat jusqu'à devenir de plus en plus visible.

Cette croissance progressive de la lumière a naturellement inspiré l'idée d'un monde qui renaît après l'obscurité. Sans qu'il existe de symbolisme unique, le ciel donnait lui-même l'image d'un mouvement régulier, perceptible par tous.

C'est dans ce contexte que la figure d'Artémis s'est progressivement rapprochée de la Lune.

Dans les premiers récits grecs, Artémis est avant tout la déesse de la chasse, des espaces sauvages et de la protection des jeunes filles. Rien n'indique qu'elle personnifie alors l'astre lunaire.

À partir de l'époque hellénistique, puis plus encore chez les Romains, les représentations évoluent. Artémis est parfois figurée portant un croissant au-dessus du front, signe que son image se rapproche peu à peu de celle de la Lune.

Cette évolution rappelle que les mythes ne sont pas fixes. Les attributs des divinités se transforment au fil des siècles, au gré des échanges entre les cultures et des sensibilités religieuses.


La Pleine Lune

Parmi toutes les phases du cycle lunaire, aucune n'a davantage marqué les imaginaires que la Pleine Lune.

Lorsque son disque apparaît entièrement illuminé, la Lune domine la nuit d'une présence qui transforme les paysages. Sa lumière éclaire les chemins, fait scintiller les eaux et révèle les reliefs d'une manière que peu d'autres phénomènes naturels peuvent offrir.

Les Grecs donnèrent un nom à cette présence : Séléné.

Dans la Théogonie d'Hésiode, elle est la fille des Titans Hypérion et Théia, ainsi que la sœur d'Hélios, le Soleil, et d'Éos, l'Aurore. Chaque nuit, elle traverse le ciel sur son char lumineux, poursuivant inlassablement sa course jusqu'à l'aube.

Le récit le plus célèbre qui lui est consacré est celui d'Endymion. Selon la tradition, Séléné s'éprend de ce jeune berger — ou roi, selon les versions — d'une beauté exceptionnelle. Afin que sa jeunesse demeure éternelle, Endymion est plongé dans un sommeil sans fin, tandis que la déesse vient chaque nuit contempler son visage.

Ce mythe ne cherche pas à expliquer les phases de la Lune. Il exprime plutôt ce que les Grecs percevaient dans la lumière nocturne : une beauté silencieuse, liée au sommeil, au rêve et au passage des nuits.

Chez les Romains, Séléné devient Luna. La déesse conserve les mêmes attributs et la même fonction : elle personnifie la Lune elle-même, sans être attachée à une phase particulière de son cycle.


Le Dernier quartier

À mesure que la lumière décroît, les sources antiques deviennent plus discrètes.

Contrairement à la Pleine Lune, le dernier quartier n'a guère suscité de personnification spécifique dans les mythologies grecque et romaine. Les récits s'intéressent davantage à l'astre dans son ensemble qu'à chacune des étapes qui composent sa course.

Cette discrétion montre que les Anciens ne cherchaient pas nécessairement à attribuer une signification distincte à chaque phase. Ce qui importait était avant tout le retour régulier de la Lune, plus que le détail de chacune de ses apparitions.

Les correspondances modernes qui associent chaque étape du cycle à une émotion, une pratique ou une figure divine constituent une lecture contemporaine du phénomène lunaire. Elles peuvent enrichir une démarche personnelle, mais elles ne doivent pas être confondues avec les récits transmis par les auteurs de l'Antiquité.



La Lune, première mesure du temps

Bien avant d'inventer les calendriers, les hommes ont d'abord appris à reconnaître les rythmes du ciel. Le lever et le coucher du Soleil marquaient les jours. La Lune, elle, permettait de compter les mois. L’observer était une manière d'organiser la vie quotidienne.

Dans le monde grec, les cités utilisaient donc des calendriers fondés sur les lunaisons. Les mois débutaient avec l'apparition de la nouvelle lunaison et rythmaient aussi bien la vie politique que les célébrations religieuses. Si chaque cité possédait son propre calendrier, toutes partageaient cette même attention portée au retour régulier de la Lune.

Les Romains conservèrent eux aussi cette référence. Les premiers jours du mois, appelés calendes, étaient annoncés à partir de l'observation de la nouvelle lunaison. C'est d'ailleurs de ce terme latin que provient notre mot « calendrier ».

Aujourd'hui encore, plusieurs traditions religieuses demeurent liées aux cycles lunaires. Le calendrier islamique repose entièrement sur les lunaisons, tandis que le calendrier hébraïque combine les cycles de la Lune et du Soleil. Dans le christianisme, la date de Pâques est calculée à partir de la première Pleine Lune suivant l'équinoxe de printemps, perpétuant ainsi un lien ancien entre les fêtes religieuses et le ciel.

La Lune accompagnait aussi les activités humaines. Les marins observaient sa lumière pour se déplacer durant les nuits claires. Les voyageurs y trouvaient un repère dans leurs déplacements. Les agriculteurs, sans toujours lui attribuer les pratiques qui lui sont parfois associées aujourd'hui, vivaient au rythme des saisons et des mois qu'elle permettait de mesurer.

À travers ces usages, la Lune apparaît moins comme un symbole que comme un véritable instrument de mesure. Son cycle régulier offrait un langage commun à des sociétés très différentes, bien avant l'apparition des instruments qui découpent aujourd'hui notre temps.




Regarder la Lune aujourd'hui

Regarder la Lune aujourd'hui, c'est porter à la fois un regard scientifique et un regard culturel sur le même astre. Les connaissances astronomiques expliquent ses phases ; les mythes grecs et romains témoignent de la manière dont les Anciens les ont comprises. L'un n'efface pas l'autre : ils répondent simplement à des questions différentes.

Observer les phases de la Lune ne demande ni connaissances particulières ni pratiques spécifiques. Il suffit parfois de lever les yeux quelques instants après le coucher du Soleil pour retrouver un geste que l'humanité répète depuis des millénaires. Suivre le retour du croissant lunaire, reconnaître la Pleine Lune ou remarquer les changements de sa trajectoire au fil des saisons sont autant de façons de renouer avec l'observation du ciel.

Lorsque le regard se pose sur une Pleine Lune d'hiver ou sur un mince croissant suspendu dans la voûte céleste, il devient facile de comprendre pourquoi cet astre a inspiré tant de récits. Les hommes n'y voyaient pas seulement une lumière dans la nuit : ils y cherchaient aussi une manière de comprendre le monde qui les entourait.

Aujourd'hui encore, la Lune continue de traverser nos nuits avec la même régularité qu'autrefois.

Avant d'être interprétée, elle fut regardée.

Et peut-être est-ce dans cette simplicité que réside encore une part de sa fascination.



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